1308 heures sous surveillance. Et vous, où étiez-vous ?
Tels les guerriers d’argile de l’armée de Qin, les cônes parfaitement alignés tout en étant distincts semblent en attente de nouvelles instructions. Les cônes se révèlent finalement comme un réseau interconnecté. Tout apparaît impeccable, d’une blancheur éclatante, purifié dans ce Nouveau Monde aseptisé, décontaminé. Les cônes ont été choisis en référence à la symbolique du virus du sida. 1 308 cônes représentent la durée du confinement (du 17 mars 2020 à midi au 11 mai 2020 à minuit). 1 308, tel un 13 août, 13/08, la Saint Hippolyte.
dimensions : 300 x 300 cm
Le confinement d’Hippolyte est une installation composée de 1308 cônes en plâtre, disposés avec rigueur sur un support carré blanc, sous la lumière d’une lampe en arc évoquant un œil omniprésent. Cette mise en scène place immédiatement le spectateur dans une position ambiguë : observateur, mais aussi potentiellement observé.
Le nombre 1308 correspond aux heures exactes du premier confinement de 2020, du 17 mars à midi au 10 mai à minuit. Chaque cône incarne une heure, matérialisant un temps à la fois mesuré, contrôlé et subi.
L’ensemble principal se compose de 36 rangées de 36 cônes parfaitement alignés, formant une structure presque militaire. Autour, 12 cônes légèrement décalés se distinguent : ils apparaissent comme des figures d’autorité, guidant ou dirigeant silencieusement la masse.
Cette organisation évoque une discipline collective, celle d’une société soudain contrainte à l’obéissance, où chaque geste devait être justifié, consigné, surveillé. Les cônes deviennent alors les métaphores de ces “bons soldats” que nous avons été.
Pourtant, malgré leur alignement, aucun cône n’est identique. Réalisés à la main, ils portent les traces de leur fabrication : irrégularités, bulles, variations. Cette diversité discrète fissure l’illusion d’un ordre parfait.
Le choix de la forme conique renvoie également à une imagerie virale, rappelant les représentations des agents pathogènes qui ont envahi notre quotidien. Multipliées et organisées, ces formes deviennent un maillage visuel, perceptible surtout à distance, comme une trame du temps.
Enfin, le titre introduit une clé plus secrète : 1308 peut se lire comme une date, le 13 août, jour de la Saint Hippolyte. Une référence dissimulée, presque cryptée, qui souligne l’arbitraire et l’absurdité des systèmes de sens que nous construisons pour donner forme à l’expérience.
L’œuvre se situe ainsi entre ordre et chaos, contrôle et fragilité, collectif et individuel. Elle donne à voir un temps vécu sous contrainte, où la régularité apparente dissimule une multitude d’écarts et de tensions silencieuses.